Attention aux jökulhlaups!

Il y a tout de même peu de chances que vous assistiez à la démonstration de force d’un jökulhlaup : c’est un phénomène plutôt rare. Jökulhlaup est un mot islandais qui signifie « course de glacier ». Ce qui n’est pas très parlant, à vrai dire. Il s’agit tout simplement d’une inondation brutale et généralement de forte amplitude.
blog-islande-jokul-05

D'où vient le jökulhlaup

Le mot a été inventé pour décrire les brusques inondations qui se déroulent parfois au pied du glacier géant islandais, le Vatnajökull. Sous ce glacier dorment de nombreux volcans, parfois recouverts de plus de 800 mètres de glace.

Lorsque survient une éruption sous le Vatnajökull, elle fait fondre des quantités impressionnantes de glace qui forment des lacs sous la calotte glaciaire. Ils finissent par déborder et dévaler les pentes du Vatnajökull, charriant des blocs de glace immenses – de la taille d’un immeuble ! La force de ce cataclysme déclenche une érosion soudaine, elle entraîne des alluvions, des roches.

 

blog-islande-jokul-02

Jökulhlaup et sandur

Ils sont indissociables des jökulhlaups : ce sont de grandes plaines formées par l’eau de la fonte de glaciers. En Islande, les glaciers coiffent souvent des volcans : les sandur sont le théâtre de jökulhlaups impressionnants, notamment parce qu’ils recouvrent de très grandes surfaces.

Au pied du Vatnajökull se trouve le Skeiðarársandur (un sandur, comme son nom l’indique). C’est sans doute le plus connu, notamment en raison des événements de 1996.

Après un tremblement de terre, pourtant de moyenne amplitude (5 sur l’échelle de Richter), le glacier du Vatnajökull se déforme. C’est le volcan Grímsvötn qui est entré en éruption subglaciaire.

Quelques jours plus tard, la plaine du Skeiðarársandur est ravagée par un jökulhlaup majeur. Le débit de la rivière Skeiðará est multiplié par 100 en deux heures. Les spécialistes estiment que la dépression qui a fait suite au vidage du lac qui s’était formé sous le Vatnajökull a déclenché l’éruption du volcan Bárðarbunga !

 

blog-islande-jokul-03

Les jökulhlaups en chiffres

Le jökulhlaup de 1996 a charrié 3 km3 d’eau en provenance du glacier, avec un débit supérieur à celui du Mississippi. Pendant 3 jours, il a formé un delta d’une hauteur de 3 à 5 mètres et de 50 kilomètres de largeur ! Les alluvions ont été entraînées jusqu’à 15 kilomètres dans l’océan Atlantique.

La route n°1, qui longe la côte sud, a été détruite sur plus de 10 kilomètres, et endommagée sur 10 autres. Plusieurs ponts ont été détruits, ils en reste quelques vestiges que l’on peut aller voir. Les Islandais se sont fait une raison depuis longtemps : il est impossible de réaliser des constructions capables de résister aux jökulhlaups. Imaginez : il faudrait prévoir des structures en mesure de résister à la pression de flots, capables de charrier l’équivalent d’immeubles entiers.

Il est d’ailleurs impossible de prévoir où et quand vont frapper les jökulhlaups. Les tremblements de terre et l’étude des variations d’altitude des glaciers donnent des indices. Tout au plus de quoi interdire la circulation dans les zones à risque.

 

blog-islande-jokul-01
© photo principale : Frédéric Botton ; © photo texte : Chris 73 et D.R.