Fáskrúðsfjörður, accents français

Pour être plus exact, ils sont à la fois en islandais et en français. Mais pourquoi cette particularité ? Nous sommes dans les fjords de l’est du pays, dans la région de l’Austurland. Là s’est retrouvée, jusqu’au début du 20e siècle, une importante communauté française…

La pêche, au 19e siècle, menait les pêcheurs bretons bien loin de leurs ports d’attache. Ils contournaient les îles du Royaume-Uni pour partir en quête de zones de pêche « faciles ». Ce qui les menait parfois jusque sur les côtes islandaises. Un bateau ralliait régulièrement Fáskrúðsfjörður depuis la France, chargé de courrier, de nourriture, d’équipements et d’épices à l’aller, de poisson… et de courrier au retour.

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Une communauté

Les récits de l’époque permettent d’estimer à environ 5000 âmes besogneuses le nombre de pêcheurs qui se trouvaient en Islande au 19e siècle. Parce que la barrière de la langue et l’absence d’infrastructures médicales ont causé la mort de bien des marins dont les petits bobos inévitables se sont transformés en longs calvaires, un hôpital français a été construit à Fáskrúðsfjörður en 1903.

Il fallait tout de même près de deux jours de mer pour rallier Fáskrúðsfjörður depuis Reykjavik. L’hôpital était donc une nécessité pour soigner aussi rapidement que possible. Il a fonctionné de 1905 à 1912 avec un médecin islandais, Georg Georgsson, assisté par une infirmière française, mademoiselle Marie Baudet, formée à l’hôpital parisien de Lariboisière.

Mademoiselle Marie Baudet comprenait et parlait le français, l’islandais, le danois et le breton !

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Une histoire assez courte

L’équipe a été renforcée par des infirmières islandaises, puis des religieuses catholiques, mais le Danemark a fini par interdire la pêche aux navires étrangers. La zone de pêche a rapidement été désertée par les français, pour une cessation d’activité en 1914. L’hôpital a été démonté pour être placé de l’autre côté du fjord en 1939. Il a ensuite été laissé à l’abandon. Mademoiselle Marie Baudet est devenue madame en 1913, mariée à un capitaine au long-cours.

La ville de Fáskrúðsfjörður a conservé les noms des rues francisés par les marins de l'époque. On trouve donc une ruelle de la Forge, une rue du Port, une très poétique grave des Elfes, un chemin de Budir (le nom également donné à Fáskrúðsfjörður, tellement plus facile à prononcer !).

On trouve dans la ville un petit musée qui conserve la mémoire des habitants français – mais je n’ai jamais vu le visiter, j’ai trouvé porte close…
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Toutes les photos : Isabelle Compoint