Fridheimar, le plein de tomates !

Que fait donc la tomate en Islande ? On est habitué à la croiser dans les pays méditerranéens. Pourtant c’est… une migrante ! Car les spécialistes en agronomie s’accordent à dire qu’elle est originaire du Pérou, et n’a été importée en Europe qu’au 16e siècle, lorsque les grands explorateurs ont bouclé leurs tours du monde.

L’Islande n’est donc qu’une étape parmi d’autres dans la conquête du monde de ce légume. Ou plutôt de ce fruit, puisque les mêmes experts en agronomie sont unanimes, ce n’est pas un légume. Seulement voilà : la maturation de la tomate requiert du soleil, beaucoup de soleil. Or en Islande, c’est une denrée rare pendant une moitié de l’année.

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Cultures hors-sol

La ferme de Fridheimar est un pari de Helena et Knútur, qui ont acheté un terrain en 1995 avec l’idée d’y assouvir leurs deux passions, l’horticulture et le cheval ! Les cinq premières années ont été employées à pratiquer une agriculture classique… qui ne fonctionne réellement que quelques mois dans une année. En 2002, ils ont décidé de se lancer dans la culture de tomates hors-sol.

Pour parvenir à leurs fins, ils ont construit des serres entièrement transparentes pour profiter du moindre rayon de soleil. Evidemment, c’est totalement insuffisant, d’une part parce que la météo n’est pas toujours sympa, d’autre part parce que la nuit l’emporte sur le jour pendant une moitié de l’année.

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La solution ?

Le couple a décidé d’employer les grands moyens. Pour cultiver des tomates, il faut quatre ingrédients. De l’eau, beaucoup, puisqu’elles en sont faites à 90 %. De la lumière, beaucoup. De la chaleur, aussi. Et une pollinisation intense. Pas de souci pour l’eau, la région de Reykholt est très humide. La lumière est apportée par des éclairages artificiels qui viennent compléter l’ensoleillement. Autant le dire, l’hiver, les lumières sont toujours allumées.

Fort heureusement, l’électricité dans la région ne manque pas, elle est principalement produite par la géothermie et par les chutes d’eau. La géothermie permet de chauffer les serres, une eau à 95° sort d’un puits à 200 mètres de là. Pour le quatrième ingrédient, la pollinisation, ce sont des abeilles qui ont été installées à l’intérieur des serres. Elles font leur boulot tout l’année, sans s’échapper – les conditions à l’extérieur ne leur donnent pas envie de prendre la clé des champs (de lave).

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Ca pousse vraiment ?

Oui, et le meilleur moyen de s’en rendre compte, c’est de visiter la ferme et ses serres. Il y a fait chaud tout le temps, et la lumière y est forte. On est aussi frôlé par des abeilles au travail, qui n’ont pas le temps de venir chatouiller les visiteurs. Les plants de tomates, qui partent du sol pour monter jusqu’à la verrière, alternent les tomates de différentes maturations. La photosynthèse est stimulée par le dioxyde de carbone produit par la vapeur géothermale…

Une station météo s’occupe de gérer l’éclairage et la température, reliée à un ordinateur central qui permet d’orchestrer l’intégralité des serres. Le tout est même connecté à Internet pour assurer le suivi même quand les responsables ne se trouvent pas sur place. Comment y aller, d’ailleurs ? Depuis Reykjavik, prenez la route n°1 vers le sud. Juste avant Selfoss, bifurquez à gauche sur la route n°35 et roulez sur une quarantaine de kilomètres.

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Une histoire de famille

Les cinq enfants du couple sont parties prenantes dans la ferme, aidés par des employés séduits par le pari des horticulteurs. Pour booster les visites et la renommée de Fridheimar, la famille a eu une belle idée : ouvrir un restaurant. Des plats exclusivement basés sur la tomate y sont servis. Attention, il y a du monde, la réservation est conseillée. Il est ouvert de 12h à 16h, toute l’année.

Mais vous pouvez aussi vous contenter d’une soupe de tomate, ce que j’ai fait. Elle est tout simplement délicieuse, relevée par des épices. Un petit peu trop peut-être, ils masquent le goût de la tomate. Mais la variété de pains rustiques et agrémentés qui sont proposés suffisent à tout pardonner. Il vous en coûtera 1990 couronnes, soit 15 €. Des cocktails alcoolisés et tomatisés sont aussi proposés. Etonnant !

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Crédits photos : Frédéric Botton