Géothermie en Islande

Pétrole, gaz naturel, charbon : ces énergies sont non renouvelables, et elles ont pour défaut supplémentaire d’être très polluantes. Aussi bien pour l’extraction que pour la conversion en chaleur et en électricité. Les sous-sols de l'Islande sont trop récents pour héberger des hydrocarbures issus de matières organiques. Ils recèlent tout de même un trésor : la chaleur à portée de forage !

Le feu !

L’île se trouve située sur la dorsale médio-atlantique, entre les plaques tectoniques européennes et nord-américaines qui s’écartent tout doucement – mais sûrement. C’est l’un des endroits du monde où le sous-sol est le plus chaud. Les géologues ont mesuré que, sur la planète, la température est de 25 à 30° à un kilomètre de profondeur. En Islande, ils estiment qu’il y a plus de 20 endroits où la température dépasse 250° à moins de un kilomètre. Et plus de 250 où elle atteint 150°. Le magma n’est pas loin – d’ailleurs il parvient souvent à se frayer un chemin jusqu’à la surface ! Mais il est pour ainsi dire impossible de capter la chaleur du sous-sol, il faut autre chose pour pouvoir l’exploiter…

 

Centrale de Kröflustöð, près du volcan Krafla
Centrale de Kröflustöð, près du volcan Krafla

L’eau !

Un autre phénomène caractéristique de l’Islande est sa forte pluviométrie. L’eau pénètre le sous-sol jusqu’à atteindre les couches très chaudes. A 100°, l’eau est portée à ébullition, elle se transforme en gaz et tente de remonter. Voilà qui explique – de manière très simplifiée - les phénomènes que sont les geysers et les innombrables fumerolles que l’on voit quand on se déplace en Islande. Cette eau chaude, liquide ou sous forme de vapeur, est parfaite pour servir de chauffage d’une part, pour entrainer les turbines productrices d’électricité d’autre part !

 

Centrale de Kröflustöð, près du volcan Krafla
Centrale de Kröflustöð, près du volcan Krafla

L’exploitation commerciale

La toute première centrale géothermique n’a pas été installée en Islande, mais en Larderello, en Italie. C’était en 1905. La toute première centrale islandaise basée sur la géothermie est beaucoup plus récente puisqu’elle a été mise en service en 1969 à Bjanarflag près de Mývatn au nord de l’île. Elle avait une capacité de production de 3 MW. Le principe de fonctionnement est assez simple et repose sur un forage à faible profondeur, moins de 1000 mètres. L’eau sous forme liquide et gazeuse, à 150°, remonte vers la surface. La vapeur est utilisée pour entrainer des turbines qui produisent l’électricité. La chaleur de l’eau est également exploitée pour chauffer un circuit d’eau chaude qui sert à alimenter le réseau pour le chauffage domestique. La plus grande centrale islandaise, celle de Hellisheiði, développe une puissance de 303 MW. C’est la deuxième plus puissante au monde, la première étant celle de Cerro Prieto au Mexique. La production d’électricité et d’eau chaude par géothermie est opérée par la société nationale Landsvirkjun, mais aussi par plusieurs dizaines d’entreprises publiques liées à des municipalités.

 

La centrale de Bjanarflag, la première construite en Islande
La centrale de Bjanarflag, la première construite en Islande

Pas si simple !

La vie géothermique n’est pas un long fleuve (de lave) tranquille. La centrale de Krafla, au nord de l’Islande et à deux pas de la première centrale, a été construite entre 1974 et 1977, avec une puissance prévue de 60 MW. Mais dès décembre 1975, la région a été secouée par de violents séismes, qui ont abouti à une importante coulée de lave. Les puits de la centrale ont souffert, de la chaleur mais surtout de la corrosion due aux gaz volcaniques. La production n’a finalement démarré qu’en 1978, et une deuxième turbine a été installée en 1996. La centrale n’a atteint sa puissance de 60 MW qu’en 1999, soit 25 ans après la pose de la première pierre. Autant dire que la rentabilité de cette centrale n’est pas formidable. La géothermie est fortement implantée en Islande, mais elle ne représente pas plus de 20 % de la production d’électricité, la plus grande partie provenant des centrales hydroélectriques.

 

Centrale de Nesjavellir
Centrale de Nesjavellir

C’est vert, tout ça ?

La géothermie et l’hydrothermie sont beaucoup moins polluantes que les centrales à base de combustibles non renouvelables, mais les inévitables retenues d’eau des centrales hydrothermiques ont une influence sur l’écosystème, alors que les centrales géothermiques n’ont que très peu d’impact sur l'environnement. Même leur aspect « usine » avec leurs entrelacements de tuyaux est finalement bien accepté, aussi bien par la population que par les touristes, qui voient dans ces tubulures coiffées de panaches de vapeur blanche des monstres d’acier qui témoignent de l’activité volcanique…

 

Centrale de Nesjavellir
Centrale de Nesjavellir


© photo principale : Mannvit; © photo texte : Landsvirkjun, Desiderata, Mannvit