Jón Gnarr, le maire excentrique !

Sciences Po, Polytechnique ? Ce n’est pas vraiment d’une grande école que vient Jón Gnarr, l’homme qui a occupé le siège du maire de Reykjavík entre juin 2010 et juin 2014. Lui, c’est plutôt du côté des saltimbanques qu’il a œuvré avant de devenir homme politique…

Du punk à la mairie

Né en 1967, il s’appelle Jón Gunnar Kristinsson. Mais il préfère être appelé Jón Gnarr « parce que c’est ainsi que m’appelait ma mère » et « parce que je ne tiens pas à porter le nom de mon père ». Une attitude rebelle, qu’il a cultivée lorsqu’il officiait dans un groupe de musique punk. C’était dans les années 1980, et la formation s’appelait Nefrennsli. « Le nez qui coule ». Lui et sa femme sont proches de Björk.

Atteint de dyslexie dans sa jeunesse, diagnostiqué à tort d’être handicapé mental, il se révèle atteint de trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. Les difficultés ne facilitent pas sa scolarité, et les études n’ont pas été son fort : il n’a pas passé son diplôme universitaire, préférant se consacrer à ses passions : la musique et la comédie. Il a formé un duo d’humoristes avec Sigurjón Kjartansson, joué dans des films, écrit des séries TV et travaillé pour une agence de publicitaires. Et la politique, dans tout ça ?

 

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La victoire du Meilleur parti

En 2009, il crée le Besti Flokkurinn (« Meilleur parti ») pour pasticher les partis politiques au pouvoir à l’époque, dans la tourmente de la situation économique catastrophique.

Le parti se présente aux élections municipales avec de nombreux projets volontairement irréalisables, comme un parc d’attraction près de l’aéroport. Et quelques idées inspirées par un fort engagement écologique.

Les élections sont une surprise de taille : avec 6 sièges sur 15, il remporte la mairie devant ses adversaires traditionnels.

 

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Premiers pas en politique

Plutôt que de rendre les clés de la mairie, il décide de s’approprier le poste et la mission. Avec, toujours de l’humour et un zeste de provocation !

Peu après son élection, il propose de renommer Reykjavík, Gnarrenburg ! Et participe à la Gay Pride déguisé en drag-queen. Son premier discours face à ses détracteurs ? « Personne ne doit avoir peur du Meilleur parti puisque c’est le meilleur parti. Si ça ne l’était pas, nous l’aurions appelé le Pire parti ou le Mauvais parti ». Il apparaît déguisé en Jedi, ou encore, pose avec les acteurs de la série TV The Wire.

 

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Gay Pride en 2010

Maire en temps de crise

À son arrivée, Jón Gnarr a dû s’occuper de la situation catastrophique de la société d’intérêt public Reykjavik Energy, au bord de la faillite. Il a décidé d’augmenter le prix de l’électricité de presque 30 % et de licencier 60 personnes. Y compris dans son entourage proche.

La décision a été mal acceptée au début, mais la situation s’est améliorée. Pari gagné. « Je ne sais pas ! » : face à des questions de journalistes, son honnêteté candide n’a pas apporté de vraies réponses, mais il a fini par gagner la confiance de certains de ses anciens opposants.

 

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Bilan de quatre années à la mairie de Reykjavík

Les adversaires de Jón Gnarr n’ont pas manqué d’attaquer son inexpérience de la politique et de la gestion d’une capitale. Pourtant, il fait partie du cercle très fermé des trois maires de Reykjavik à avoir dirigé la ville pendant l’intégralité de leur mandat de 4 ans.

Un professeur en politique islandais, Gunnar Kristinsson, explique que l’équipe de Jón Gnarr a pris son rôle très au sérieux, laissant les responsables de chaque activité faire leur travail, le maire jouant simplement un rôle de chef d’orchestre, évitant de prendre des décisions sans s’entourer de plusieurs experts.

Il a ses détracteurs… mais qui sont finalement ses meilleurs avocats. « Je ne pense pas qu’il ait été un maire très actif », poursuit Gunnar Kristinsson. « Il a plus œuvré pour des pistes cyclables, les droits des gays que pour la politique de la ville. Mais c’est un mal pour un bien, puisqu’il a laissé les professionnels de l’administration gérer chacun leur budget ».

 

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Amateur de Banksy

Et maintenant ?

Jón Gnarr a indiqué avant la fin de son mandat qu’il ne se représenterait pas. Il continue à être engagé en politique, mais sans occuper de fonction officielle. Son parti a été renommé Björt framtíð en 2012 (Bright future, « le futur brillant ») – en islandais, les initiales du parti sont restées les mêmes.

Il a écrit un livre intitulé Gnarr: How I Became the Mayor of a Large City in Iceland and Changed the World qui n’a malheureusement pas été traduit en français. Il a 5 enfants, dont Margret, championne de taekwondo, professeur de fitness et championne de bodybuilding…

 

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Jón Gnarr et sa fille Margret

 

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© photo principale : Aleksandar Radulovic ; © photo texte : Dontworry, Matt Riggott, D.R.