La généalogie en Islande

Les noms des Islandaises et des Islandais sont étranges, à base de « dottir » et de « sson ». Le principe est simple : chaque personne est identifiée par son prénom, puis par le prénom de son père, terminé par « son » pour les garçons et « dóttir » pour les filles. Cela peut aussi être le prénom de la mère, voire les deux prénoms…

Contrairement à la méthode que nous connaissons qui consiste à conserver le nom de famille sur tout la descendance, ne le perdant que pour les femmes qui se marient, la pratique islandaise est en fait un cadeau fait aux généalogistes. Car pour remonter l’arbre d’une famille, il suffit de retrouver le père à chaque génération. S’il ne manque pas de génération dans la recherche, il est possible de remonter très loin dans les arbres généalogiques !

 

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Vraiment loin ?

Oui, il n’est pas rare que les arbres généalogiques d’une famille soient un retour dans le passé de plus de 1000 ans ! Évidemment, tout le monde ne dispose pas des informations permettant d’aller aussi loin. La plupart des Islandais ne se sont passionnés pour la généalogie que depuis 2010, date de création du site web Íslendingabók. Il n’est accessible qu’aux Islandais, aussi bien pour l’inscription que pour la consultation, sur foi d’un numéro de sécurité sociale islandais.
Qu’y trouve-t-on ? Des informations sur les Islandais qui datent, pour certaines, de plus de 1 200 ans. Il s’appuie pour cela sur le Landnámabók, qui signifie le « livre de la colonisation » en français. Cet ouvrage est en fait constitué de plusieurs versions manuscrites qui reprennent le texte original du poète et historien Ari Þorgilsson… lequel a été perdu. La plus ancienne est le « Sturlubók », datée en 1275 et 1280. Les noms des 435 premiers colons scandinaves y sont consignés. Ce sont plus de 3 000 personnes en tout qui y sont mentionnées : elles sont les ancêtres d’un grand nombre d’Islandais ! Mais un peu trop éloignés pour que les liens directs puissent être prouvés.

 

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Des données plus récentes

Le site Íslendingabók s’appuie aussi sur les recensements officiels, qui ont été pratiqués en 1703, 1810 et 1910. Ce sont principalement des données recueillies par l’église, dans des registres paroissiaux qui ont été conservés au fil du temps. L’absence d’événements politiques majeurs conduisant à des renversements de gouvernements a permis une bien meilleure conservation qu’en France, par exemple.
Le site s’est efforcé de regrouper de nombreuses sources d’informations comme le registre national, les manuscrits commerciaux, les rapports judiciaires, les correspondances privées confiées par des Islandais. La base de données a été créée par Friðrik Skúlason, un ingénieur spécialisé dans les anti-virus. Vous avez peut-être utilisé l’une de ses créations pour Windows : Frisk ou F-Prot…

 

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L’application pour smartphones

Une immense base de données accessible sur Internet ? C’était un terreau parfait pour créer une application sur smartphone Android (mais pas iOS, les iPhone et iPad sont donc privés de cette app) permettant de la consulter où que l’on se trouve. Mais à vrai dire, les quatre étudiants, regroupé sous le nom de Sad Engineer Studios, qui ont réalisé ce logiciel, ont imaginé un moyen plus percutant de faire la promotion de leur logiciel.
L’idée ? Si vous entamez une relation amoureuse, vérifiez d’abord que vous n’êtes pas en train de vivre une histoire avec une personne de votre famille ! Il suffit, une fois l’application installée (et un compte ouvert et renseigné), de cogner deux smartphones (la fonction est appelée Bump). Le logiciel s’occupe de comparer les arbres généalogiques de leurs propriétaires. Pourquoi ? Puisque l’Islande ne compte que 329 000 habitants, soit un peu moins que Nice, on peut craindre que le risque de consanguinité soit important, d’autant que l’immigration est très faible.

 

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La réalité ?

Les spécialistes de la génétique estiment que des problèmes médicaux, notamment de malformation, n’apparaissent qu’en cas de relations entre frères et sœurs, ou entre cousins germains (c’est-à-dire issus de frères et sœurs). Le risque de consanguinité est donc très faible, l’application ne sert pas à grand-chose puisque l’appartenance familiale directe et récente est connue.
La notion morale de suspicion de consanguinité est très différente, elle remonte plus loin dans l’arbre généalogique. Et c’est sur cette notion que le marketing de l’application s’est appuyé… Donc si deux personnes islandaises flirtant dans un bar découvrent qu’elles ont un ancêtre commun, il n’y a rien d’étonnant. Même si ces ancêtres se trouvent à 8 générations – et c’est souvent le cas –, il n’y a rien d’alarmant, et pas de risque de consanguinité.

 

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© photo principale : Musée de Reykjavik ; © photos texte : Musée de Reykjavik, Pat Furey Photography, Cloud of ash