Le hameau de Samúel Jónsson

La petite ville côtière de Bildudalur, dans le Selárdalur au nord-ouest de l’Islande, est le terminus de la route goudronnée. Il est tout de même possible de pousser la découverte au nord en la ville, en s’engageant sur une piste de presque 25 kilomètres.

Seul au monde !

La piste longe le fjord en prenant parfois de la hauteur, dans un super décor. Une piste qui n’est pas difficile en temps normal, mais elle peut le devenir si les conditions météo se dégradent. La piste se sépare en deux, il faut prendre à droite sur quelques centaines de mètres. On arrive devant une sorte de hameau désert, matérialisé par des poteaux blancs et une fine cordelette bleue. Nous sommes chez Samúel Jónsson…

Ou plutôt nous étions, car l’homme nous a quitté en janvier 1969. Samúel Jónsson était un fermier qui vivait dans le Selárdalur. Dans les années 1950, plusieurs fermes se trouvaient dans les environs. Les rudes conditions climatiques ont eu raison d’elles, et l’endroit s’est désertifié. Les travaux de la ferme n’ont permis à Samúel Jónsson de développer ses talents artistiques qu’à sa retraite, à partir de ses 70 ans dans les années 1950.

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L’isolement

Vivant seul au bout de la piste, il a peint, puis s’est tourné vers la sculpture, des œuvres que l’on peut considérer comme naïves. On raconte qu’il avait réalisé un autel qu’il destinait à l’église paroissiale. Une réalisation refusée par le clergé ! Il a donc décidé de construire sa propre chapelle pour y placer sa sculpture, qui s’inspire de la place Saint-Pierre de Rome…

Les sculptures prenant de la place, il a finalement construit plusieurs bâtiments qui servaient à la fois d’atelier et de musée. Un musée qui n’était malheureusement visité par personne, par manque de notoriété de l’artiste et en raison de son isolement.

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Art naïf !

Sans aucune formation artistique, sans les bases de la peinture ou de la sculpture, Samúel Jónsson Jónssonar a réalisé ses œuvres comme il les ressentait. On y perçoit un art naïf, simple, qui montre l’environnement de l’artiste. Des lions de mer, des phoques, des canards, des moutons, le tout avec des formes et des couleurs qui empruntent à l’art pictural figuratif.

Lorsque l’artiste s’éteint en 1969, il est enterré dans sa propriété, mais personne ne s’occupe de ses œuvres. Bâtiments, peintures et sculptures, qui restent à l’abandon. La rudesse de l’endroit accélère les dégradations. Ce n’est qu’en 1998 qu’une association a été créée pour tenter de sauver l’héritage de l’artiste.

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Restauration

Elle a levé des fonds en organisant une exposition à Reykjavik pour faire connaître Samúel Jónsson, puis réalisé un documentaire sur la vie du personnage. Les travaux de restauration n’ont débuté qu’en 2004, avec l’aide du ministère de l’Agriculture, mais avec un budget très léger. Les statues ont été remises en état les premières, elles étaient les plus exposées en extérieur. En 2006, un groupe de 15 bénévoles allemands est venu travailler à la remise en état des bâtiments. Ils sont désormais sauvés, et le musée est désormais visitable.

Il est demandé 500 couronnes à l’entrée pour participer à l’effort de restauration, une demande à laquelle je me suis plié avec bonne grâce – il suffit de déposer un billet dans la boite à lettres. Il est fort probable que vous soyez seul si vous venez visiter l’endroit. Parfait pour prendre le temps de tout voir, de réaliser des photos sans personne dans le champ. De prendre toute la mesure de l’éloignement et de la rudesse de l’endroit, aussi…

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En haut, en 1965, quelques années avant la mort de l'artiste. En bas, en 2016, après restauration.