Le tsunami de l’Askja

Le volcan Askja se trouve à environ 30 kilomètres au nord de la calotte glacière Vatnajökull – pas très loin de la faille du Holuhraun qui était en éruption entre 2014 et 2015. Askja, en islandais, signifie « caldeira ». En effet, il se manifeste par un grand lac circulaire qui se trouve au fond d’un cratère, une caldeira formée il y a environ 10 000 ans. Un vieux volcan ? Pas du tout…

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Le lac Öskjuvatn témoigne de la taille de la caldeira, il mesure plus de 3 kilomètres de diamètre ! La dernière éruption majeure de l’Askja remonte à 1875, ce qui semble plutôt ancien. Mais à l’échelle volcanique, c’était hier ! De plus petites ont eu lieu régulièrement, notamment en 1961.

Víti, un petit cratère d’une centaine de mètres de diamètre, est né suite à une très ancienne explosion. De l’eau glacière s’est accumulée au fond du cratère, formant un lac d’eau blanchâtre. Il est très apprécié des baigneurs puisque sa température y est de 25°, signe que l’activité souterraine reste forte.

Est-ce que l’Askja va se réveiller ? Comme tous les volcans islandais, il est capricieux et ne donne pas beaucoup d’indications aux volcanologues…

 

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Le lac dans le cratère de Víti, après le tsunami.

Éboulement

Pendant la nuit du 21 au 22 juillet 2014, il n’y avait personne dans le lac du Víti, ni en train de randonner dans les environs. Il faisait pourtant jour. Seul un groupe d’étudiants se trouvait sur les hauteurs du lac Öskjuvatn. C’est un petit miracle puisque les promeneurs qui s’y seraient trouvés n’auraient probablement pas survécu au tsunami de l’Askja…

Que s’est-il passé ? Les bords du cratère de l’Askja qui dominent le lac Öskjuvatn sont faits de couches de tephra, les matières éjectées pendant les éruptions, qui se révèlent très friables. Est-ce simplement parce que l’érosion a fait son travail ou suite à un petit tremblement de terre ? Toujours-est-il qu'un large pan du cratère de presque un kilomètre de longueur s’est détaché du côté sud-est des bords de la caldeira.

Ce sont plus de 50 millions de mètres cubes de roches qui se sont détachés en quelques secondes pour dévaler la pente et descendre dans le lac Öskjuvatn… Un nuage blanchâtre a été observé et photographié au moment l’éboulement, il était formé de minuscules particules de tephra et de roches disloquées. Les sismographes ne semblent avoir enregistré que les secousses dues à l'éboulement, pas de secousse préliminaire, ce qui confirmerait le fait que seule l'érosion est responsable de l'événement.

 

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Le nuage observé au-dessus de l'Askja la nuit du 21 au 22 juillet 2014.

Le tsunami

L’éboulement massif dans le lac a généré une gigantesque vague qui est partie du côté sud-est du lac vers le nord-ouest. Sa hauteur ? Elle a été estimée à 50 mètres par Ármann Höskuldsson, le chercheur en charge d’un groupe d’étudiants – ils ont assisté à l’événement depuis le côté opposé… A titre de comparaison, 50 mètres, c’est l’équivalent d’un immeuble de 15 étages !

La vague est allée frapper le flanc nord-ouest de la caldeira, allant jusqu’à dépasser le relief. Elle est ensuite repartie dans le sens opposé en perdant un peu de sa puissance, puis a continué son mouvement de va-et-vient à 4 reprises. On imagine qu’il s’agit d’une vague constituée d’eau, mais il faut s’imaginer qu’elle était couverte par une épaisse couche de matière solide. Le tout a provoqué une érosion accélérée des flancs de la caldeira, qui se sont allumés de nombreuses fumerolles suite à la mise à nu de conduits volcaniques.

 

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La hauteur du tsunami, sur une photo prise de l'endroit où s'est produit l'éboulement.

Changement de décor

Les dizaines de millions de mètre cubes de roches se trouvent maintenant au fond du lac Öskjuvatn qui s’est élevé de presque 6 mètres. Le cratère de Víti, à quelques dizaines de mètres au nord du lac, a aussi été modifié en s’élevant de plusieurs mètres.

Des blocs de glace et des roches ont été retrouvés à plus de 10 kilomètres au nord-ouest du lac, derrière la barre rocheuse de la caldeira. Ce qui laisse imaginer la puissance de la première vague du tsunami…

Les flancs de la caldeira sont restés instables plusieurs mois, aussi bien du côté de l’éboulement que du côté labouré par le tsunami. Ils sont désormais stabilisés, mais les volcanologues ont identifié plusieurs endroits où les bords de la caldeira sont susceptibles de provoquer un nouvel éboulement.

 

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La partie de la caldeira qui s'est effondrée dans le lac.

Mais alors…

Est-il risqué d’aller se baigner dans le cratère du Víti ? Les signes annonciateurs d'un tel événement sont quasi-inexistants, à la différence de ceux qui précèdent les éruptions. Cela dit, le risque d'être présent lorsque cela arrive est très faible… mais le danger est toujours présent. C’est ce qui fait aussi le charme pimenté de l’Islande !

© photo principale : Gunnar Eiriksson; © photo texte : Gunn­ar Víðis­son, eirasi, Kolbeinn Helgi Gíslason