L’île de Surtsey

Île était une fois

L’Islande est en mouvement perpétuel ! C’est l’un des seuls endroits au monde où la dérive des continents n’est pas qu’un schéma abstrait dans une encyclopédie. Je veux bien sûr parler des tremblements de terre très fréquents, de la faille entre les plaques tectoniques américaine et eurasiatique que l’on peut parcourir à pied à Þingvellir, ou encore de la récente éruption de l’Eyjafjallajökull.

L’île gagne parfois un peu en superficie. Le 14 novembre 1963, une énorme éruption s’est déroulée sous la surface de la mer, à environ 32 kilomètres au sud des côtes de l’Islande. Le cataclysme a duré presque 4 ans, pour s’achever le 5 juin 1967. Les 130 mètres de profondeur de l’océan à cet endroit ont été comblés par des coulées de lave successives pour former un îlot de 173 mètres de haut à son point culminant.

Cette nouvelle île a été baptisée Surtsey, en référence à Surtur, le génie du feu dévastateur de la mythologie scandinave – l’équivalent du romain Vulcain et du grec Héphaïstos. Surtur est celui qui allume l’incendie dévastateur de la fin du monde, le fameux Ragnarök.

 

Le point culminant de l’île de Surtsey est occupé par une station météorologique.
Le point culminant de l’île de Surtsey est occupé par une station météorologique.

Un territoire frag'île

L’île est faite de tephra, un mot dérivé du grec qui signifie cendres. Elle est donc très friable, exposée à l’érosion – qui est particulièrement marquée en raison de fortes pluies et de vents violents. Les spécialistes ont calculé que sa surface était de 2,7 km² à l’issue de l’éruption en 1967, mais qu’elle n’était plus que de 1,5 km² en 2005. À moins d’un événement violent, elle ne devrait tout de même pas disparaître avant 500 ans.

Pour préserver au mieux ce nouveau territoire, le gouvernement islandais a interdit l’île au public. Seuls des scientifiques triés sur le volet par le Museum d’Histoire Naturelle de Reyjavík sont autorisés à y poser le pied. Une station météorologique a été construite au sommet de l’île. L’endroit est devenu une réserve naturelle où les plantes sont apparues avant même que l’éruption ne soit terminée. Les premiers animaux, des phoques, se sont installés dès la fin de l’éruption. Étonnamment, les oiseaux ne sont arrivés que plus tard, trois ans après. Surtsey est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008.

 

Vue satellite de Surtsey
Vue satellite de Surtsey

La possibilité d'une (visite de l') île

J’ai dû m’y faire : il n’est pas vraiment possible de visiter l’île. En revanche, j’ai pu en faire le tour en bateau, presque au pied des falaises de roches friables. Le "Surtsey Tour", affrété par la compagnie Viking Tours, ne propose pas de départs réguliers. Les sorties sont à la demande, selon les conditions météorologiques et le nombre de personnes.

Il m’a fallu un peu de chance et de persuasion pour convaincre d’autres touristes de mon hôtel de partir à la découverte de l’île, après un tour plus classique de celle de Heimaey. Comptez un peu moins de 5000 ISK, soit 30 € environ, pour le "Circle Tour" que la compagnie majore du double pour pousser la navigation jusqu’à Surtsey. Vous trouverez plus d’informations sur le site de Viking Tours, mais il faut appeler ou mailer pour demander un "Surtsey Tour". L’autre moyen de découvrir l’île est l’avion ou l’hélicoptère. Mais le prix est totalement décourageant.

 

L’évolution de la superficie de l’île de Surtsey entre 1967 et 2002
L’évolution de la superficie de l’île de Surtsey entre 1967 et 2002
© photo principale : NOAA/PD-USGov © autres photos : Pinpin, Michael Clarke, CNES/Spot Image, Digital Globe, Landsat pour Google