L’Islande, le grand écart

Mais comment l’Islande a-t-elle pu se retrouver seule au milieu de l’Atlantique ? Pour bien le comprendre, il suffit d’imaginer la planète sans ses océans. Là où se trouve l’océan Atlantique, nous verrions une chaîne de montagnes longue de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, qui partirait d’un peu au nord de l’Islande pour aboutir à proximité de l’Antarctique.

Cette chaîne s’appelle la dorsale médio-atlantique. Il s’agit en fait du témoin de l’affrontement de deux plaques tectoniques majeures dans l’hémisphère Nord, l’européenne à l’est, l’américaine à gauche. Dans l’hémisphère Sud, le combat a lieu entre les plaques tectoniques africaine à l’est et sud-américaine à l’ouest.
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Un combat ?

Les continents tels que nous les connaissons ont été formés par la dérive des plaques tectoniques, un processus très long débuté il y a 1 milliard d’années. Il sépare lentement mais sûrement l’Amérique de l’Europe et de l’Afrique. À la jonction des plaques, le magma est proche de la surface, ce qui explique la présence de zones où l’activité du sous-sol est forte.

L’Islande, comme les Açores, fait partie des quelques régions émergées de l’océan Atlantique créées par la dorsale médio-atlantique. L’île est traversée par la dorsale de part en part, suivant une diagonale sud-ouest nord-est. C’est ce qui explique pourquoi la région au sud de Reykjavik est souvent secouée par des tremblements de terre et pourquoi le centre de l’île regroupe un important nombre de volcans.

 

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La formation de la dorsale

Les deux plaques tectoniques, nous l’avons vu, s’écartent. Le magma se faufile pour trouver son chemin jusqu’à la surface, provoquant des éruptions volcaniques. La lave qui est déversée contribue à alimenter le volume de la dorsale, mais les hauteurs ne sont pas aussi impressionnantes que lorsque des plaques se rapprochent, donnant naissance à des chaînes de montagnes.

Le magma ne s’échappe pas uniquement de la faille de la dorsale : il profite de points de rupture dans la croûte océanique pour se frayer un chemin vers la surface. Sur la terre ferme, on assiste alors à l’éruption d’un volcan. En mer, ces cataclysmes passent la plupart du temps inaperçus. Sauf quand ils se produisent à proximité des côtes et donc à faible profondeur, comme dans le cas de l’île de Surtsey.

 

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À l’échelle humaine

Le mouvement est-il visible ? Non, on ne peut pas s’en apercevoir, la dorsale s’agrandit de 2 à 3 cm par an en moyenne. C’est à la fois beaucoup parce que cela représente 20 à 30 cm en 10 ans, mais on ne s’aperçoit de rien, sauf lors de mouvements brusques comme des tremblements de terre. Les scientifiques ont noté que l’activité volcanique en Islande était en augmentation depuis le début des mesures « sérieuses » avec l’aide de matériel électronique, soit environ 30 ans.

Il y environ 60 récepteurs GPS qui sont placés en Islande pour mesurer le déplacement des plaques, mais aussi leur hauteur. Car, surprise, au sud de l’île, le sol s’élève tous les ans de 3,5 cm ! S’ils ont tous constaté ce soulèvement, les scientifiques ne s’accordent pas sur les raisons. Pour certains, l’augmentation de l’activité volcanique est seule responsable. Pour d’autres, la fonte des glaciers et des immenses calottes glaciaires jouent un rôle majeur dans ce soulèvement…

 

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La faille

La séparation entre les deux dorsales est une faille plus ou moins visible selon les endroits. Elle l’est particulièrement à Þingvellir, là où est né le tout premier parlement (de la planète !). On peut se balader dans la faille, appelée Almannagjá, entre les deux falaises qui la marquent bien ses limites. D’un côté, on est sur la plaque tectonique nord-américaine, de l’autre, c’est la plaque européenne. Dites-vous que cette manière de présenter les choses enjolive un peu la réalité.

Car la faille d'Almannagjá n’est qu’une faille parmi beaucoup d’autres créées par la dorsale médio-atlantique. Tout près, par exemple, se trouve la faille de Silfra, immergée, où les plongeurs s’entendent aussi dire qu’ils se trouvent entre les deux plaques. Ce qui est certain, c’est que l’ouest de l’île est sur la place nord-américaine et l’est sur la plaque européenne. La frontière entre les deux est constituée de vastes étendues de lave, de volcans, de failles. C’est l’Islande !

 

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© photo principale : Isabelle Compoint ; © photos texte : Pinpin, USGS, Frédéric Botton