Marmites à Námaskard

A deux pas d’Akureyri, au nord de l’Islande, se trouve une zone où l’activité magmatique est perceptible depuis la surface. S’éloigner d’une centaine de kilomètres à l’est de la seconde plus grande ville du pays mène à la verticale de la dorsale médio-atlantique, exactement là où se rejoignent les plaques tectoniques européenne (à l’est) et nord-américaine (à l’ouest).

Les deux s’éloignent lentement l’une de l’autre, provoquant une intense activité dans le sous-sol. Le magma se trouve généralement entre 50 et 150 km de profondeur. Mais ici, il s’est infiltré presque jusqu’à la surface, à environ 2 kilomètres. Pas étonnant que des éruptions y aient souvent lieu, comme celles du Krafla ou du Hverfjall tout proches.

 

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Pas de fumée sans feu

Prenez la route n°1 vers l’est depuis Akureyri, roulez en direction du lac de Myvatn pendant une centaine de kilomètres et dépassez-le. Après Reykjahlíð, il reste 3 kilomètres à parcourir pour longer un petit lac d’eau blanchâtre. Cette couleur est due à des algues qui sont entourées de silice – d’où la couleur -. Le dépôt de ces algues emprisonnées dans leur gangue donne naissance à une roche, la diatomite. Elle est utilisée comme abrasif, insecticide, filtre à eau, litière, et même composant de la dynamite. L’endroit était une mine exploitée jusqu’en 2004.

La route grimpe en tournant autour de la colline de Námafjall, puis redescend. Prenez le temps de profiter du paysage : le décor est lunaire, dépourvu de végétation. De nombreux cratères de volcans, assez petits pour la plupart mais à la forme presque parfaite, se découpent à l’horizon. Autant d’indices d’une activité magmatique intense à cet endroit ! Après 3 kilomètres de plus, bifurquez à droite en direction de Hverir. La route est goudronnée jusqu’à un parking.

 

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Cauchemar en cuisine

Les portes de la voiture ne sont pas encore ouvertes qu’on est accueilli par une très forte odeur d’œuf pourri. Il s’agit du soufre, bien sûr, qui s’échappe des entrailles de la Terre. Le parking surplombe un immense champ de fumerolles. Rien ne pousse ici, le sol chaud est très inhospitalier. D’ailleurs, en hiver, la neige y fond immédiatement.

On y entend des sifflements soudains, un peu comme s’il s’agissait d’une cocotte-minute géante. Des « plops », aussi, lorsqu’éclatent des bulles de boue épaisse. Et parfois des grondements sourds sous les pieds… Dans certaines marmites, l’eau est agitée de bouillonnements impressionnants. Le lieu est balisé avec des cordes qui évitent d’aller mettre les pieds dans un bain de boue. Car ce n’est pas une bonne idée que d’aller y tremper quoi que ce soit !

 

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Ambiance sulfurée

Námaskard est un champ de solfataras et de fumaroles, des mots siciliens qui décrivent des phénomènes liés à la remontée d’eau bouillante à la surface de la terre. On en trouve aussi près de Reykjavik, dans la péninsule de Reykjanes (voir ici). Explication : l’eau présente en surface s’infiltre dans le sol, jusqu’à atteindre les roches en fusion. Elle est portée à ébullition, et remonte à la surface. Sur son chemin, la vapeur d’eau se charge en hydrogène sulfuré qui dégage cette odeur caractéristique d’œuf pourri. Des dépôts de soufre se forment à la surface, accompagnés par un mélange de silice et de gypse à la couleur très claire qui forme parfois des cônes, sortes de mini volcans.

De l’acide sulfurique se forme : il dissout la roche, formée par une très ancienne coulée de lave, qui se transforme en une boue assez compacte. C’est ainsi que se forment les marmites ! Leur contenu est extrêmement acide, pas question d’aller vérifier si cette boue a des vertus apaisantes. Attention, il arrive que certaines marmites explosent, projetant de la boue acide et brûlante sur plusieurs mètres. Il est impératif de bien rester derrière les cordes et d’être attentif. Pour le spa detox, faites-vous à l’idée, il faudra aller ailleurs. Aux bains de Myvatn, par exemple, qui se trouvent à moins de 4 kilomètres en revenant vers l’ouest.

 

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© photo principale : Travis Hsunberg ; © photos texte : Travis Hsunberg et Björn Laksson
  • Antoinette Dapples

    Bonjour
    Je crois qu’il faudrait modifier la phrase suivante concernant les marmites à Navaskard : « Après une centaine de kilomètres, vous longez un petit lac d’eau blanchâtre ». Une centaine de mètres, non?
    En tout cas merci beaucoup pour votre site qui me permet de préparer notre voyage en Islande l’été prochain!

    • Fred

      Ouille, oui. De L’extrémité est du lac de Myvatn et la ville de Reykjahlíð, il y a un peu plus de 3 km jusqu’au lac, et encore 3 kilomètres jusqu’à Námaskard. Soit 6 km.
      C’est depuis Akureyri qu’il y a 100 km.
      Merci, et bon voyage !