Photographier les cascades

Les chutes d’eau sont des merveilles de la nature. L’Islande est un pays où elles sont nombreuses. On en trouve qui tombent depuis des plateaux surélevés par l’activité sismique, comme celles de Seljalandsfoss et de Skógafoss dans le sud du pays. D’autres qui sont nées de l’avancée inexorable d’une rivière dans des terres meubles, comme celle de Gulfoss. On me l’a souvent dit et répété : « il faut d’abord regarder les paysages et en profiter, plutôt que passer du temps à chercher comme les photographier ». N’empêche… J’ai toujours cédé à la tentation de prendre les cascades islandaises en photo pour conserver de beaux souvenirs !

L'eau, ça mouille

À la différence des autres cascades européennes, celles d’Islande sont dépourvues de protections, de barrières, et se laissent approcher de près. De très près, même ! C’est idéal pour aller chercher des angles de prise de vue sympas, mais c’est aussi l’assurance de prendre une bonne douche.

J’ai veillé à protéger mes appareils photo. L’électronique craint l’humidité, et les fines gouttelettes d’eau à proximité des cascades savent s’infiltrer partout de manière redoutable. Un sac pour appareil photo est une bonne idée. Mais il ne protège pas lorsque vous prenez une photo. J’ai opté pour une housse de protection photo anti-pluie. Transparente, elle recouvre tout l’appareil pour ne laisser à l’air que la vitre de l’objectif. Le budget ? Moins de 15 €…

Avec un appareil photo compact ou un smartphone

Ils sont capables de réaliser des clichés de qualité à peu près équivalente. L’avantage ? Je peux les avoir dans mes poches et les dégainer à tout moment. L’inconvénient ? Les fonctions de ces appareils ne permettent pas beaucoup de réglages. J’essaie de ne pas céder à la facilité qui consiste à prendre une photo à distance du sujet, cadrée comme une carte postale. C’est parfait pour une belle photo souvenir, mais ce type de cliché a un goût de déjà vu… Voici mes conseils…

1. Éviter les cadrages au centre

Plutôt que de placer le sujet principal – la cascade – au milieu de vos clichés, j’emploie la règle des trois tiers. Je trace deux lignes verticales imaginaires pour séparer la photo en trois zones. Je positionne la cascade sur la ligne de droite ou la ligne de gauche, mais pas au milieu. L’impression de mouvement est accentuée. L’Islande se prête bien à des cadrages encore plus décentrés, puisque le décor est souvent majestueux.

 

La cascade n’est pas centrée, volontairement, mais placée à un tiers du bord droit.
La cascade n’est pas centrée, volontairement, mais placée à un tiers du bord droit.

2. Tenter les vues plongeantes et contre-plongeantes

J’essaie, autant que possible, de me positionner sous la cascade pour prendre une photo vers le haut. Ou bien, quand il n’y a pas de danger à le faire, je prends un cliché vers le bas, depuis le sommet de la cascade, en tendant le bras. Mon appareil photo est capable de prendre des clichés à intervalles réguliers : je le programme pour shooter toutes les deux secondes par exemple. Plutôt que de me concentrer sur le déclenchement, je veille à ma sécurité et je laisse l’appareil prendre les photos pour moi.

3. Profiter de la météo

C’est lorsque le temps est gris que les prises de vues sont les plus difficiles. Mais lorsque j’ai la chance d’approcher une cascade un jour ensoleillé, je suis presque certain de pouvoir capturer un arc-en-ciel ! Pour y parvenir, je me positionne entre le soleil et la vapeur dégagée par la cascade. Peu importe l’appareil photo, les arcs-en-ciel sont toujours beaux… et peuvent même éclipser la cascade. Le soleil couchant produit de superbes tons rouge orangés, mais il faut avoir le courage d’attendre… puis agir très vite : il disparaît en quelques secondes.

 

blog-islande-photo-Gullfoss02

4. Utiliser des filtres logiciels

Il arrive que je dégaine mon smartphone plutôt que mon appareil photo. Les clichés sont souvent sympas, sans plus. Je leur donne un peu de relief avec les filtres d’un logiciel spécialisé. Instagram est le plus connu. Mais pour éviter de me retrouver avec des photos qui ressemblent à toutes celles qui circulent sur les réseaux sociaux, je préfère l’application SnapSeed sur iPhone et Android, moins connue mais tellement plus efficace !

Avec du matériel de pro

Les appareils photo évolués, que ce soit des reflex, des bridges ou des micro 4/3, ont en commun des réglages avancés.

1. Agir sur la vitesse d'obturation

Si je désire voir chaque gouttelettes d’eau sur mes clichés, je fais en sorte d’augmenter la vitesse d’obturation. À l’inverse, je pratique une pose longue pour que l’eau soit floue sur les photos, donnant une impression de rideau transparent. Ce qu’il faut savoir ? Lors d’une pose courte, peu de lumière est capturée. Ce qui signifie que l’on ne peut réussir une telle photo que s’il y a suffisamment de lumière. Lors d’une pose longue, c’est l’inverse. Il y a plus de lumière qui est saisie, ce qui oblige parfois à utiliser un filtre fumé pour assombrir l’image. J’utilise toujours un pied lors d’une pose longue, puisque la moindre vibration est sanctionnée par une photo floue.

 

Avec une pause courte, on distingue les détails comme les gouttelettes d’eau.
Avec une pause courte, on distingue les détails comme les gouttelettes d’eau.

2. Éviter les cadrages au centre

Je m’efforce de trouver des lignes diagonales qui aboutissent dans les coins de mes cadrages – ce qui n’est pas toujours simple puisque les cascades tombent à la verticale. Cette astuce donne plus de mouvement aux photos, un peu comme la règle des trois tiers.

3. Obtenir un effet

J’essaie parfois de prendre l’écume à contre-jour, face au soleil, pour obtenir un effet blanc cotonneux, sur lequel se détachent les roches.

Avec une caméra sportive

Je n’ai pas eu l’occasion de m’en servir encore, mais ces caméras peuvent être placées dans un boîtier étanche, et au bout d’une perche télescopique. L’équipement permet d’envisager des clichés inhabituels, carrément sous la cascade, et même dans l’eau. D’ailleurs, des plongées à faible profondeurs sont organisées près d’Öxaráfoss, une cascade qui se trouve à Þingvellir. La perche télescopique permet par ailleurs de réaliser des photos au-dessus d’un à-pic sans prendre de risques…

 

Serrer le cadrage permet d’obtenir un effet de brume sur lequel se détachent les éléments du décor.
Serrer le cadrage permet d’obtenir un effet de brume sur lequel se détachent les éléments du décor.
© photo principale : Frédéric Botton © autres photos : Frédéric Botton, Isabelle Compoint