Vers une nouvelle éruption ?

L’éruption du volcan Eyjafjallajökull, au printemps 2010, a cloué au sol la plupart des vols transatlantiques. La faute aux cendres qui se sont échappées, avec un panache de fumée qui s’est répandu autour de l’Islande, au gré des vents, arrivant jusqu’en Europe du Sud. A quand la prochaine éruption ? En Islande, les scientifiques disposent d’un terrain de jeu absolument merveilleux. Un jeu ? Tout est façon de parler, puisque les Islandais sont tout de même aux premières loges, et que les compagnies aériennes du monde entier savent qu’elles peuvent perdre des sommes phénoménales si l’un des monstres islandais se réveillait. Imaginez, l’Eyjafjallajökull est considéré comme un « petit » volcan.

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Un monstre qui dort

À 30 kilomètres à l’est de l’Eyjafjallajökull se trouve le Katla, qui se cache sous une épaisse couche de glace, le Mýrdalsjökull. Jökull signifie glacier, au cas où vous vous posiez la question. Il est en activité, mais ses éruptions sont rares. Il s’est réveillé en 1823, en 1860, en 1918. On le soupçonne d’avoir aussi été en activité en 1955 et en 1999, mais la calotte de glace a trop masqué les symptômes pour en être certain.

Les scientifiques supposent que le Katla et l’Eyjafjallajökull communiquent. Ils s’appuient, pour l’affirmer, sur une éruption de 1612 : les deux sont entrés en activité en même temps. En 1823, lorsqu’une éruption de l’Eyjafjallajökull s’arrête, celle du Katla débute. Mais lors de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010, le Katla n’a pas bougé. Peut-être parce qu’il se savait sous étroite surveillance ?

Toujours est-il qu’il aime surprendre. En juin 2011, une activité est mesurée dans sa chambre magmatique. Quelques jours plus tard, un tremblement de terre secoue le glacier Mýrdalsjökull et la rivière Múlakvísl qui s’en échappe gonfle rapidement au point d’emporter le pont qui la traverse sur la route 1. Il s’agit d’un jökulhlaup, une inondation massive et destructrice…

 

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Un autre monstre ?

Le Hekla se trouve au nord de l’Eyjafjallajökull, à une quarantaine de kilomètres. La première éruption connue de ce volcan date de 1104  – mais il y en a eu bien évidemment beaucoup avant cela. La toute dernière date de février 2000. Mais impossible de prévoir les dates des prochaines festivités, l’énergumène ne suivant aucune logique. Et pourtant, depuis les années 1970, il laissait espérer un peu : il est entré en éruption en 1980, 1991 et 2000. Fort logiquement, il était attendu pour 2010 ou 2011. Mais rien ne s’est passé – c’est l’Eyjafjallajökull qui lui a succédé.

 

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Le plus énorme ?

Le plus grand volcan d’Islande, l’Öræfajökull, se trouve également au sud de l’île. Au sud aussi de l’immense calotte glaciaire du Vatnajökull. Et parce que ce volcan aime se faire remarquer, il constitue aussi le point culminant de l’Islande, à 2119 mètres. Sa caldeira, invisible parce que sous la glace, mesure 5 kilomètres de diamètre ! Il est fort heureusement plutôt tranquille, on ne lui connaît que deux éruptions, en 1362 et en 1728. Les deux ont ravagé les environs, se sont révélées lourdes en pertes humaines, mais elles ne figurent pas parmi les éruptions les plus dévastatrices.

 

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La vraie bête…

C’est le Laki, un volcan qui s’est réveillé en 1793… et n’a plus fait parler de lui depuis. Mais il a laissé des traces. Son activité a débuté avec des explosions fortes, dues à la rencontre du magma avec de l’eau souterraine. Situé à 80 kilomètre au nord-est de l’Eyjafjallajökull, il s’appelle en réalité Lakagígar, c’est-à-dire « les cratères de Laki ». Et pour cause, il est formé d’une succession de cratères qui suivent une ligne diagonale sud-ouest vers nord-est.

Son éruption a duré huit mois, lâchant dans l’atmosphère 14 km3 de lave, de cendres et de composants divers. Le résultat ? 50 % des animaux d’Islande ont succombé aux retombées, et la famine qui s’en est suivie a tué 25 % de la population.

Les conséquences de cette éruption longue et puissante ont été dramatiques en Europe. Un nuage de soufre a atteint Paris le 20 juin 1783 puis Londres le 23, si épais que les bateaux ont dû rester à quai. Les historiens estiment que 23 000 anglais sont morts suite au passage de ce nuage. Les cendres sont restées dans l’atmosphère de la planète entière pendant plusieurs années, entraînant des hivers longs et froids. Il est probable que la grogne de la révolution française soit en partie due aux famines résultant des hivers trop rigoureux. Le Laki va-t-il se réveiller à nouveau ? C’est peu probable, du moins pas dans l’immédiat.

 

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Le dernier à avoir parlé…

Cette éruption est quasiment passée inaperçue en Europe : il s’agit du réveil du Grímsvötn, situé à 140 kilomètres au nord-est de l’Eyjafjallajökull, lui aussi caché sous la calotte glaciaire du Vatnajökull. Ses manifestations se sont amplifiées depuis les années 1980, avec une énorme éruption en 1996 qui a causé des dégâts majeurs aux infrastructures de la route 1, dans le delta au sud du Vatnajökull. Il repart de plus belle en 1998, puis en 2004, et enfin le 21 mai 2011. Son intensité était supérieure à celle de l’Eyjafjallajökull, mais l’altitude plus basse de son panache a limité sa dispersion en dehors de l’Islande. L’éruption s’est arrêtée le 28 mai.

 

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Celui qui semble bien énervé

Le volcan Bárðarbunga était éteint, calme depuis août 2008, lorsque j’ai commencé à écrire ce post le 14 août 2014. Le lendemain, l’Icelandic Meteorological Office indiquait qu’il était agité de soubresauts, sans crier gare. Des tremblements de terre qui ne laissent aucun doute : le magma est proche de la surface.

Le volcan se trouve sous la calotte glaciaire Vatnajökull, à une trentaine de kilomètres au nord du Grímsvötn (l’avant-dernier à avoir parlé). Le 19 août, toujours pas d’éruption qui soit confirmée. Il faut dire qu’il est difficile de savoir ce qui se passe sous les 700 mètres de glace ! Il faudrait d’ailleurs une puissante éruption pour faire fondre la calotte glaciaire…

Si cela devait arriver, l’éruption serait considérée comme majeure,  capable comme dans le cas de l’Eyjafjallajökull, de paralyser le trafic aérien européen – voire d’obscurcir le ciel un peu partout sur la planète au gré des vents. Il est plus probable que l’éruption, si elle se déclenche bien sûr, ne provoque « que » des jökulhlaups (les inondations grand format). Une webcam pointant sur le Bárðarbunga a été mise en place par l’opérateur télécom Mila

Edit 1 : le volcan s'est réveillé ! Les mesures montrent que la lave est parvenue jusqu'à la surface, et des panaches de fumée ont traversé le glacier... La webcam de l'opérateur Mila est aux premières loges !

Edit 2 : l'éruption a probablement duré moins d'une heure, cantonnée sous la calotte glacière... Une seconde webcam a été mise en place par l'opérateur Mila...

Edit 3 : de nombreuses secousses continuent à se produire sous le Bárðarbunga, indiquant que l'activité n'est pas terminée. Difficile de prédire ce qu'il va se passer... Cette représentation des secousses en 3D permet de se faire une idée du monstre qui se trouve sous la glace (entre 300 et 700 mètres selon les endroits).

Edit 4 : est-ce lié à l'activité du Bárðarbunga ? Toujours est-il qu'un tremblement de terre de magnitude 4,5 a eu lieu près de l'Askja, au nord-est à environ 70 km. Tout un pan de la caldera de l'Askja a été ravagé par un glissement de terrain le 21 juillet 2014. Les roches sont descendues jusque dans le lac Öskjuvatn, qui occupe la caldera, provoquant un énorme raz de marée. La vague a atteint 50 mètres de hauteur (imaginez, c'est à peu près la hauteur de l'Arc de Triomphe à Paris), passant au-dessus du flanc de caldera opposé. Fort heureusement, personne n'était présent sur les lieux à ce moment.

Edit 5 : une éruption a débuté sur une fissure magmatique qui part du Bárðarbunga vers le nord-est. La seconde caméra de l'opérateur Mila permet de la visualiser à distance... La lave coule sur une zone hors du glacier, le risque de diffusion de cendres dans l'atmosphère est pour l'instant réduit...

Edit 6 : la faille qui s'est ouverte au nord-est du Bárðarbunga continue à déverser de la lave. Dans le même temps, l'intensité des tremblements de terre augmente sous la caldera du Bárðarbunga. Est-ce que cela signifie qu'un affaissement et une éruption sont pour bientôt. Difficile à dire... 

Edit 7 : L'éruption sur la faille au nord-est du Bárðarbunga continue, mais un nouvel événement change à nouveau la donne et introduit un nouveau nom ! Cette fois-ci, c'est un "ice cauldron" qui s'est formé sous le glacier du Dyngjujökull. Il n'est pas anecdotique puisque son diamètre est d'un kilomètre ! Est-ce que cela annonce une éruption ? Excellente question...

Edit 8 : L'éruption de la faille de Holuhraun ne faiblit pas, la lave couvre maintenant 10 km2 ! Elle va bientôt entrer en contact avec la rivière Jökulsá á Fjöllum. La rencontre va produire de la vapeur d'eau, et sans doute créer un mur par refroidissement. Espérons que des photographes ou des vidéastes puissent saisir l'instant. Ce qui ne sera pas facile, la zone d'exclusion est assez vaste, et même les scientifiques ont ordre de ne pas s'approcher... Plusieurs touristes aventureux et hors la loi vont d'ailleurs devoir s'acquitter de lourdes amendes.

 

Crédit photo : Axel Sigurðarson
Crédit photo : Axel Sigurðarson

 

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Pour tous les surveiller

Depuis mai 2011, aucun volcan ne s’est réveillé. Comment savoir quand aura lieu le prochain cataclysme ? La réponse est simple : on ne peut pas ! Tout au plus peut-on être attentif aux signaux envoyés par le sous-sol. Mais il n’y a pas de possibilité de connaître avec certitude le jour et l’heure d’une éruption. Pour savoir s’il existe des éruptions en cours, il suffit de se connecter à l’Icelandic Met Office (office météo d’Islande). L’écoute des « tremors », c’est-à-dire des secousses, est parfois un indicateur d’éruptions à venir. Mais il faut une grande pratique pour exploiter les résultats des mesures de toutes les stations disséminées sur l’île. Le tout est indiqué sur une carte interactive.

En cas d’éruption, grâce à l’office météo britannique, il y a aussi moyen de savoir où se trouvent les éventuels nuages de cendres, ceux qui clouent les avions au sol. Si vous adorez flipper devant des cartes et des graphiques, la page dédiée au monitoring du glacier Vatnajökull est parfaite ! Enfin, visitez régulièrement le site Iceland Geology, de Jón Frímann Jónsson, un passionné qui suit tous les événements majeurs… Alors, à quand la prochaine éruption en Islande ? Allez savoir… Mais je peux vous affirmer une chose pour avoir vécu l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 : si un volcan entre en éruption et que vous avez la possibilité de vous rendre en Islande, ne passez pas à côté de ce moment absolument incroyable !

 

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Surveiller les volcans islandais sur le net
Sur le Icelandic Met Office
Sur une carte de l'Islande
La diffusion de cendres en cas d'éruption
Le monitoring du glacier Vatnajökull
Le site Iceland Geology de Jón Frímann Jónsson
La caméra pointée sur le volcan Bárdarbunga

© photo principale : Frédéric Botton ; © photos texte : Frédéric Botton, Ólafur Sigurjónsson, Remih, Gunnar Sigurðsson, RicHard-59 

  • Franck Mée

    Bonjour,

    je pense qu’il est important de bien conserver la différence entre d et ð, qui ne se prononcent pas du tout de la même manière. C’est Bárðarbunga (prononcez baor-zar-bounga, avec un cheveu sur la langue pour le ð), et c’est important si on veut que les journalistes français aient une chance de le prononcer à peu près correctement un jour — vu qu’il leur a fallu deux ans pour commencer à dire éya-fiatla-yeukoutl au lieu de éjafalajokul, par exemple…

  • Fred

    Très juste Franck !