Pylônes islandais

En Islande, il est impossible d’enterrer les câbles qui servent au transport de l’électricité et des télécommunications. Les distances sont trop importantes, les terrains très accidentés, le sous-sol très difficile à creuser. Mais surtout, les tremblements de terre sont fréquents… La seule solution reste les lignes suspendues.

Puisqu’il ne semble pas y avoir moyen d’échapper aux pylônes électriques, l’entreprise publique en charge du réseau de lignes à haute tension islandais, Landsnet, a fait un appel à des designers en 2008 pour imaginer ceux de demain. L’initiative s’appelait le « Icelandic High-Voltage Electrical Pylon International Design Competition ». Plusieurs cabinets ont proposé leurs réalisations, mais c’est celui de l’agence d’architectes nord-américaine Choi+Shine qui a retenu l’attention de tous !

 

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Humanoïdes

Le principe qui a présidé à leur proposition, appelée « The Land of Giants » ? Le design hightech est séduisant parce qu’avant-gardiste, mais il se démode très rapidement. Or les pylônes, malheureusement, sont destinés à rester plusieurs décennies une fois implantés. Les décors islandais étant réputés – à juste titre – comme minéraux et sans beaucoup de traces de vie, Choi+Shine a choisi de représenter des humains ! Les pylônes ne sont donc plus des figures géométriques mais des représentations qui évoquent la silhouette des hommes… et des femmes.

La conception est de type « fil de fer », faite de segments qui, assemblés, constituent la forme humaine. Les habitués des objets en 3 dimensions y verront l’étape « mesh » de la création d’une forme 3D. Les étapes suivantes consistent d’habitude à habiller les facettes géométriques avec des couleurs et des textures, puis à les lisser. Ici, la structure est laissée en l’état, dépouillée.

 

Proposition pour l'opérateur Lyse en Norvège
Proposition pour l'opérateur Lyse en Norvège

Différentes postures

Le pari de l’agence Choi+Shine était d’imaginer chaque pylône dans une gestuelle différente, si possible en tenant compte des particularités du terrain. De quoi faire grimper les coûts de production à une vitesse vertigineuse ?

« Non », expliquent les designers, « malgré le grand nombre de formes possibles, chaque représentation des pylônes est constituée des mêmes parties principales (torse, bras, jambes, mains). Elle utilise une série de raccords pré-assemblés pour créer les différentes postures. Ce design permet de nombreuses variations en forme et en hauteur, avec un coût maîtrisé via une production identique et un assemblage simple pour chaque pylône ».

 

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La mise en situation

Des modèles réduits ont été présentés pour faire la démonstration de la viabilité du puzzle que constituent ces pylônes. Mais les outils les plus convaincants ont été des modélisations en 3D de pylônes placées dans des photos de décors réels. Les concepteurs ont pu faire la preuve qu’ils s’intégraient de manière plutôt réussie dans les étendues minérales d’Islande.

Ils ont aussi pu démontrer que les pylônes pouvaient vraiment être adaptés à la topologie et aux particularités environnementales, et créer des sortes de tableaux, notamment lorsque deux pylônes se trouvent côte à côte. Les designers ont imaginé des situations où les tours de métal semblent jouer ensemble, se répondre, danser, marcher, courir, s'agenouiller...

 

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Oui mais !

Landsnet n’a finalement pas retenu la solution de l’agence Choi+Shine, sans qu’on sache vraiment si la raison tient dans le caractère un peu de trop avant-gardiste de la proposition, ou si c’est son coût qui n’a pas permis la retenir. Le projet « The Land of Giants » a tout de même gagné le prix « Recognition Award » de la compétition. L’équipe ne s’est pas arrêtée en si bon chemin : le projet a été présenté à d’autres concours…

Il a reçu le « Unbuilt Design Award » du Boston Society of Architects en 2010. Il a aussi été sélectionné pour apparaître dans des expositions comme la « Tollwood: Winter festival 2012 » qui s’est tenue à Munich, ou la « European Capital of Culture Metamorphoses » à Marseille en 2013. Une reproduction de pylône se trouve exposée de manière permanente au musée des Sciences et de la Technologie du Canada, à Ottawa. Et le projet est en lice pour participer aux travaux des Jeux Olympiques d’hiver 2018 qui se tiendront à PyeongChang en Corée du Sud… Tout comme le concept de parlement est né en Islande, c’est aussi le cas de celui des pylônes de demain !

 

Proposition de Choi+Shine pour les jeux Olympiques d'hiver 2018
Proposition de Choi+Shine pour les jeux Olympiques d'hiver 2018
Les sites à visiter

Le site officiel de Choi+Shine.
Les différentes participations du projet « The Land of Giants » à des concours internationaux.

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© photo principale : Choi+Shine ; © photos texte : Choi+Shine