Thulé, l’Islande ?

On doit les premières mentions à une contrée appelée Thulé à l’explorateur grec Pytheas, dans un ouvrage qu’il a écrit entre 330 et 320 avant Jésus-Christ. On raconte qu’il est parti de la colonie grecque de Massalia, c’est-à-dire Marseille, en direction du nord pour découvrir de nouveaux horizons commerciaux.

Le problème, c’est que les témoignages de Pytheas ne nous sont parvenus que par les écrits d’auteurs qui lui sont contemporains. Son principal ouvrage relatant ses voyages, « De l'Océan », a disparu avant la fin du premier siècle. Probablement suite à l’un des nombreux incendies qui ont ravagé la bibliothèque d’Alexandrie. Les auteurs qui ont cité Pytheas ont rapporté ses observations des phénomènes marins – les premières connues -, des côtes méditerranéennes, des côtes françaises, puis des îles d’Angleterre. Mais ensuite ?

 

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Le bateau de Pytheas

Où est allé Pytheas ?

Les auteurs, peut-être avec une pointe de jalousie, ont remis en question les affirmations de Pytheas. Quel a été son itinéraire ? C’est difficile à dire puisque les textes originaux ont disparu. Mais il est probable qu’il ait longé la France, puis l’Angleterre. Soit à l’est et il est parti en direction de la Scandinavie, soit à l’ouest auquel cas il est passé devant les îles Féroé en direction de l’Islande. A-t-il passé l’Islande pour aller jusqu’au Groenland ?

Il semble que Pytheas n’a jamais écrit avoir atteint Thulé, mais simplement décrit son existence à six jours de navigation depuis les côtes anglaises. Il rapportait sans doute lui-même des affirmations d’autres que lui, puisqu’il semble avoir aussi affirmé que Thulé se trouvait à une journée de navigation de ce qu’il appelle le « poumon marin », une zone de navigation impossible qui pourrait bien être la banquise.

 

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Carte « Marina »

Poésies

Les mentions à Thulé se sont succédées dans la poésie de l’Antiquité, puis du moyen-âge. On la trouve sous le nom de « Tile » sur la célèbre carte « Marina » dessinée par l’écrivain suédois Olaus Magnus, datée de 1539. L’île apparaît au nord de l’Ecosse, à l’est des îles Féroé, au sud de l’Islande. Entourée de représentations de monstres marins identifiés comme une baleine patibulaire, un orque et un croisement improbable entre un poisson à écailles et un sanglier. Selon Olaus Magnus, Thulé ne serait pas l’Islande, mais une autre île. Pourtant la carte de l’Islande est très peu fidèle à la réalité, y compris dans l’indication de ses volcans. Alors que la carte de « Tile » est beaucoup plus proche des vrais contours de l’Islande.

Une autre carte, datée de 1558 et attribuée à Carolo Malegherio Furnio Arnoldus Mercator Lovaniensis, montre cette fois-ci une île appelée Thulé… mais sans donner plus d’informations sur sa localisation. Le doute s’est installé. Il a perduré jusqu’à des époques plus contemporaines. Allan Edgar Poe l’a mentionnée dans son poème « Terre de songe ». Mais toutes les occurrences se sont reposées sur l’imaginaire de Pytheas, sans aucun ancrage dans la réalité. ET de nos jours ? Malgré le superbe ouvrage « Ultima Thulé, histoire d'un lieu et genèse d'un mythe » de Monique Mund-Dopchie paru en 2009, le mystère reste entier…

 

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Carte « Carolo Malegherio Furnio Arnoldus Mercator Lovaniensis »
© photo principale : Isabelle Compoint ; © photos texte : Domaine public